Venez-vous jouer?, 2023
installation lors de l'exposition des finissant.e.s du Baccalauréat en Arts visuels et médiatiques


L'installation se compose principalement de bois de construction récupéré. Ce bois initialement assemblé pour former planchers, murs ou meubles, a été corroyé d’une façon rationnelle. Ses surfaces planes, perpendiculaires les unes aux autres invitent à empiler, emboîter et encastrer en respectant les axes de coordonnées cartésiens.
Dans mon installation, un chaos « ordonné » émane du plancher et des murs en prolongeant leur structure et se condense pour former un groupe de trois personnages, eux-mêmes en partie composés de planches. Les trois enfants masqués qui cherchent à s’effrayer mutuellement s’inspirent d’une allégorie utilisée dans l’histoire de l’art à propos des peurs irrationnelles. L’allégorie se base sur l’idée qu’un enfant avant l’âge de la raison ne conçoit pas le rapport entre un tête grimaçant et des petites jambes semblables à ses propres jambes qui portent cette tête. Ne voyant mentalement pas au-delà du masque terrifiant il le croit réel et prend peur. Dans l’installation, chaque enfant porte une version du même masque dont les traits se sont estompés au fil des moulages successifs. Regroupés en formant un cercle ils s’invitent au jeu tout en s’affrontant. La personne qui regarde peut expérimenter cette confusion en prenant soi-même place dans l’installation. Ce faisant, elle pourra alors explorer ses propres peurs irrationnelles.
Le vieux bois d’ameublement et de construction est pour moi un matériau infiniment précieux. Ces planches ont souvent accompagné plusieurs générations de personnes dans leur vie quotidienne. Le fait qu’elles sont été arrachées et mises au rebut pour être remplacées m’émeut. Au-delà de l’histoire québécoise du dernier siècle elles racontent aussi celle des forets interminables d’antan. Composants du territoire, les arbres découpés en planches y témoignent. Pour moi, le respect de la matière première s’inscrit dans l’emploi responsable des matériaux que cela soit dans la vie de tous les jours ou pour créer de l’art. Le bois tiré des bennes à ordures qui prend place dans une salle d’exposition en une œuvre d’art rend hommage au territoire dans lequel il a appartenu autre fois et aux personnes qui l’ont habité.
En mêlant un fond d’histoire de l’antiquité européenne, un masque emprunté à un édifice baroque de Dresde (ma ville natale) en Allemagne et des matériaux puissamment chargés du patrimoine local du Québec, je cherche à donner corps à mes observations et questionnements concernant l’identité culturelle.





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